Un départ de
Jamestown sous le même ciel gris qui nous colle aux basques depuis notre
arrivée à St-Hélène, avec un temps un peu mou et un sondeur qui affiche de
manière stable des profondeurs aberrantes entre 10et 14m (?). Banc de poissons,
thermocline ou gradient de salinité, nous n'en saurons rien. A partir de 20
milles sous le vent de l'ile tout redevient normal. Le temps s'améliore et
devient lui aussi plus conforme à la normale. Un vrai temps d'Alizés s'installe
durablement et c'est sous un ciel azur pommelé de petits cumulus, sous un soleil
brulant et sur une mer striée de petits moutons d'écume que nous naviguons
durant quinze jours sous nos 60m2 de voiles d'avant tangonnées sans
pratiquement avoir à manœuvrer.
Le 3 février 2018,
sous ces conditions idéales, nous recoupons notre route de descente vers les
latitude australe du 7 novembre 2015 au Sud de l'ile Brésilienne de Fernando de
Noronha et bouclons ainsi notre circumnavigation. Un tour du monde accompli en
2 ans, 2 mois, 25 jours, 3 heures et 53 secondes (à peu près...) en ayant
couvert 30567 milles (à peu près aussi...). Par pur hasard, ce point de
circumnavigation correspond aussi exactement à l'endroit où nous avons
rencontré et conversé avec l'IMOCA de Marc Guillemot et Bertrand de Broc alors
en course sur la Jacques Vabres.
Nous recevons
depuis 9 degrés de latitude Sud les fax météo de la station de la Nouvelle-Orléans
et notons que la ZCIT est très Sud et quasiment sur l'équateur. Effectivement,
à partir de 3 degrés Sud nous commençons à ressentir l'influence de cette zone
de convergence: grains plus fréquents et plus forts, pas mal de pluie et des
périodes de calme prolongés entre grains. Le 9 février au matin nous repassons
la ligne et ré-entrons en hémisphère Nord après pratiquement 2 ans et demi
passés en hémisphère Sud. Il faut, dès à présent, s'adapter au changement d'hémisphère
et notamment repenser le sens de rotation des systèmes météo pour lesquels nous
avions pris certains automatismes...
Au large de la cote
Brésilienne nous observons un phénomène assez étrange de séparation de mer: eau
verte, opaque, couleur de jade, coté terre et bleue sombre coté large. Une zone
de séparation extrêmement franche et bien définie par un mascaret bouillonnant
coté océan. Phénomène assez remarquable, peut-être dû à la proximité du delta
de l'Amazone où les rios Amazonas et Para déversent dans l'océan des masses d'eaux
considérables qui sont ensuite dirigées vers le NW par le courant de Guyane. Nous
longeons cette interface pendant plusieurs dizaines de milles, puis entrons
définitivement en eau verte opaque.
A cent
milles des iles du Salut, sous un ciel lourd de grains et avec un vent faiblard,
nous terminons notre traversée sous voiles et moteur et, aidés par le puissant
courant de Guyane qui atteint 2 nœuds, nous touchons l'ile Royale le 14 février
juste avant le couché du soleil, juste avec assez de lumière pour ancrer en
sécurité après 25 jours de navigation depuis St-Helene et 3130 milles couverts.
We leave Ste Helena's Jamestown with the same grey skies that have
stubbornly refused to clear since our journey from Cape Town. The winds are
hesitant in the beginning, and the depth sounder keeps showing ridiculously
readings of 10 - 14 metres (?!?) : huge schools of fish? Thermocline? About 20
nautical miles away from the island depth readings return to normal, as do the
winds. After 15 days running with stable
SE tradewinds under sunny blue skies and cumulus with both foresails
goosewinged, with practically no trimming required, we complete our circumnavigation on 3
February 2018, crossing our initial southbound line (of 7 November 2015) south
of the Brazilian island of Noronha. Coincidently, this is exactly where we made
VHF contact with Marc Guillemot (and Bertrand de Broc) on their IMOCA of the
2015 Jacques-Vabres race. We have rounded the world east to west in 2 years, 2
months, 25 days, 3 hours and 53 minutes (approximatively), having covered
around 30567 nautical miles.
We receive the weather faxes from the New Orleans station, noting that
the ITCZ is exceptionally 'south', positioning itself near the equator. Indeed,
starting at 3 degrees south, we seem to be already under the influence of the
ITCZ. Squalls, rain, gusts, with not much wind in between. We return to the northern
hemisphere on 9 February in the morning at 09h UTC. From this point on, we are
to re-adjust to sailing in the northern hemisphere, notably in terms of the
direction of rotation of winds.
A strange phenomenon is observed on the northwest part of the Amazonian
plateau entrance, where the ocean is clearly 'separated' in 2 colours blue and jade
green. The blue side (seawards, thus further from the coast) is agitated as if
'boiling' with tide rips. The jade green side is almost opaque, but significantly
calmer. We pass through this bizarre zone for a couple of hours, sailing just
where the 'separation' occurs over a dozen of nautical miles. Effect of
undercurrents? Or is there a link with the outflow of the Amazonian river waters
into the Atlantic and the merging with the Guiana current?
With
a few hundred miles left to go to reach French Guiana's Ile Royale (Iles du
Salut or Salvation islands archipelago, comprising 3 islands in a 'triangle' -
Ile Royale, Devil's island and Saint Joseph) : still more squalls and rain, and
between them, not enough wind. Fortunately we have the Guiana current pushing
us northwest, the current at times reaching 2 knots. At midday on 14 February
the wind backs a little east, but drops in strength. Seeing that we are not
making 4 knots consistently under sails, we restart our Perkins, hoping to make
landfall at Ile Royale before the sun sets. We make it just in time (with half
an hour to spare) as the northeasterly wind picks up slightly enabling us, with
the main sail, genoa and the Perkins, to sail over 6 knots for the home run.
Voila, the South Atlantic is in the bag: 3130 nautical miles from Ste Helena
over 25.5 days.


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