Bon, pas de chance.
Notre fenêtre de vent de SSE qui nous avait permis jusque-là de faire une route
convenable, quoique très remuante, nous claque à la figure vers 2h00 du matin alors
que nous approchons par l'Est de Tanna. Le vent tourne Est, pile dans le nez. Avec des Alizés très frais dans le pif, une mer courte et un nœud de courant
sub-tropical à contre, nous tentons (c'est beau l'espoir) de tirer quelques
bords en appuyant au moteur pour essayer de couvrir les 60 milles restants jusqu'au
mouillage de Port-Résolution. Nous réalisons très rapidement notre peine et
révisons notre parcours: cap au Nord, direction Efate. Bye-bye Tanna et son
volcan actif (snif...).
The weather window of SSE winds from Lifou to Tanna turns out to be too
short. After a very bumpy ride of 24 hours at a relatively good speed, while at
only 60 nautical miles west of Tanna, the wind turns east, right in the nose. With strong trade winds blowing right in our face, the south sub-tropical
current running east to west, and short swells, we can hardly make progress,
neither under sails nor motoring. Frustrated and tired (it is after all 2 in
the morning), we change our route to head north towards the island of Efate. Bye Bye Tanna and its active Yasur volcano!
Le vent d'Est ne
mollissant pas nous réduisons à presque rien la surface de voiles de manière à
ne pas arriver avant l'aube à Port-Vila. Sous grains et rafales du petit matin
qui font tomber la visibilité à quelques centaines de mètres, nous effectuons
quelques ronds dans l'eau dans la zone de mouillage de quarantaine à la
recherche d'un petit patch pas trop profond sur lequel nous puissions jeter
l'ancre, l'ensemble de la zone étant par ailleurs profonde (20m). Nous trouvons
un petit coin, où l'ancre rague horriblement sur le fond de corail puis
accroche. Bon, c'est pas si mal: mouillage sur un patch isolé dans 7m d'eau et en
plus le temps se met globalement au beau. Il ne reste plus qu'à effectuer les
formalités classiques avant de nous lancer dans la découverte de ce pays.
Apres une très longue
balade en annexe vers les bureaux des douanes et les services de biosécurité (qui
ont bougé à l'extrême Sud du port - plus loin, pas possible) et quelques
'selfies' avec l'officier de biosécurité, les formalités sont effectuées
rapidement avec plaisir et convivialité. Nous sommes le 7eme voilier de ce
début de saison et les voiliers sont les bienvenus au Vanuatu!
Si quelqu'un nous avait prédit que nous utiliserions
un jour le petit lexique de 'Bêche de mer' en annexe de 'La mer est ronde' de
J.F.Deniau , nous aurions probablement poliment sourit devant cette improbabilité.
Nous y voilà pourtant et pour de bon! Le Bêche de mer ou Bislama est la langue
officielle des Vanuatu; un anglais très simplifiés avec quelques touches de
français, espagnol...Une vrai langue de poètes: halo, welkam, tankyu tumas.
Nous adorons l'ambiance mélanésienne décontractée et souriante de Port-Vila, en
particulier son marché débordant de fruits tropicaux et de sourires où nous
déjeunons tous les jours avec grand plaisir.
Strong and constant east winds oblige us to reduce our sails
progressively so as to slow down for an arrival after daybreak. Under early
morning gusts and squalls reducing visibility to some hundreds of metres, we
turn a couple of rounds in the quarantine anchorage area to find a shallow spot
of 6-7 m to anchor, the rest of the area being pretty deep. We find our little
patch, drop the anchor, listening to it drag over the hard coral bottom before
it finally catches and holds... ouf!
The customs officers, having moved to premises way out to the southern
edge of town, such that they are accessible only by a long dinghy ride, do not
actually come onboard. Laurent makes the trip to complete the clearing-in
formalities, coming back with the biosecurity officer, who is more than keen on
taking selfies and photos of himself with the captains in the dinghies and
boats! This year's sailing season is in fact just beginning, with a trickle of
yachts starting to sail in. We are in fact the 7th to arrive. Port Vila, a bustling town with an animated market (with a hawker centre
very much like in Asia) and unending stream of cars and minibuses, brings us
finally back into the ambiance of south pacific islands: smiling Melanesians,
tropical fruits in abundance, and pidgin english (bislama). Here, they speak
this very amusing and practical language (halo, welkam, tankyu tumas: hello,
welcome, thank you very much), apart from English or French.
De Port-Vila nous
visitons les Vanuatu en naviguant globalement sur une ligne Sud-Nord en
longeant la cote Ouest des iles, sous le vent desquelles on bénéficie d'une mer
calme et de brises modérées. Apres une courte escale à Rivolieu Bay sur Epi,
nous passons quelques jours aux Maskelyne, sur l'ile de Awei puis Uliveo. Awei,
un mouillage calme comme un lac, protégé par le récif au Sud et entouré de mangroves. La vie sur Awei ne se
réveille qu'en début de soirée quand les milliers de roussettes (grandes
chauve-souris frugivores et insectivores) prennent leur envol vers le NW pour
leur chasse nocturne. Un splendide spectacle!
From Port Vila we sail north, keeping to the west coast of its islands,
so as to sail in calmer waters with moderate winds. After a short stop at
Rivolieu Bay on Epi Island, we spend the next few days in the Maskelyne
islands, in particular, Awei and Uliveo. At Awei island the anchorage is as
calm as a lake, protected by a reef in the south, surrounded by mangroves. Just
when the sun is about to set, there is a flurry of activity from the tree tops
of Awei: thousands of huge fruit bats (flying foxes) take off and head
northwest for their nightly hunt. An amazing sight.
Nous quittons les
Maskelyne pour l'ile d'Ambrym et trouvons un mouillage très satisfaisant devant
une plage de sable noir à environ un kilomètre au Nord du village de Ranvetlam.
Ranvetlam est un petit village traditionnel des Vanuatu sans grande prétention mais
où on peut louer à un prix raisonnable les services d'un guide pour randonner
jusqu'au cratère du volcan actif de Ambrym, le volcan Marum. Nous discutons la
veille les modalités avec les responsables du village et le lendemain matin au
levé du soleil nous partons à l'ascension du mont Marum en compagnie de Johnnies
notre discret mais très sympathique guide.
Une randonnée de 9 heures et demi pour couvrir les 23 km aller-retour et les 1400 m de dénivelé qui nous fait traverser successivement les jardins du village puis la forêt dense où Johnnies, inlassable, éclaircit continuellement le sentier pour notre passage avec sa machette affutée comme un rasoir, puis les vallées de cendres volcaniques dont le noir anthracite contraste magnifiquement avec les massifs de mousse et les arbres d'un vert tendre et lumineux, la remontée de ruisseaux et l'escalade de blocs volcaniques pour enfin progresser le long de crêtes de collines couvertes de roseaux qui s'étendent à perte de vue au pied du cône de cendre du mont Marum. Nous achevons notre ascension, dans un monde maintenant complètement minéral, le long d'une crête de cendre et de roches volcaniques et atteignons enfin le bord du cratère dans un brouillard à couper au couteau. Quand les nuages et les fumées sont enfin balayées par les bourrasques de vent et que la visibilite s'éclaircit, Le paysage se révèle enfin et celui-ci est absolument saisissant.
Nous réalisons que nous nous trouvons à un mètre d'un précipice où plusieurs centaines de mètres en contrebas un lac de lave en fusion bouillonne et explose en gigantesques projections! Nous réalisons aussi l'importance du guide: avec la visibilité qui se réduit régulièrement à quelques mètres, un seul petit faux pas dans cette cendre très glissante et c'est la chute, sans appel. Nous avons manqué le volcan de Tanna mais notre visite très privée du mont Marum, un des volcans actif les plus spectaculaire au monde, nous laisse un unique et fantastique souvenir. Sans regret aucun!
Une randonnée de 9 heures et demi pour couvrir les 23 km aller-retour et les 1400 m de dénivelé qui nous fait traverser successivement les jardins du village puis la forêt dense où Johnnies, inlassable, éclaircit continuellement le sentier pour notre passage avec sa machette affutée comme un rasoir, puis les vallées de cendres volcaniques dont le noir anthracite contraste magnifiquement avec les massifs de mousse et les arbres d'un vert tendre et lumineux, la remontée de ruisseaux et l'escalade de blocs volcaniques pour enfin progresser le long de crêtes de collines couvertes de roseaux qui s'étendent à perte de vue au pied du cône de cendre du mont Marum. Nous achevons notre ascension, dans un monde maintenant complètement minéral, le long d'une crête de cendre et de roches volcaniques et atteignons enfin le bord du cratère dans un brouillard à couper au couteau. Quand les nuages et les fumées sont enfin balayées par les bourrasques de vent et que la visibilite s'éclaircit, Le paysage se révèle enfin et celui-ci est absolument saisissant.
Nous réalisons que nous nous trouvons à un mètre d'un précipice où plusieurs centaines de mètres en contrebas un lac de lave en fusion bouillonne et explose en gigantesques projections! Nous réalisons aussi l'importance du guide: avec la visibilité qui se réduit régulièrement à quelques mètres, un seul petit faux pas dans cette cendre très glissante et c'est la chute, sans appel. Nous avons manqué le volcan de Tanna mais notre visite très privée du mont Marum, un des volcans actif les plus spectaculaire au monde, nous laisse un unique et fantastique souvenir. Sans regret aucun!
From the Maskelynes, we head north-east to the volcanic island of Ambrym, finding a pretty good anchorage in front of a long black-sand beach. At the friendly and unpretentious village of Ranvetlam, chief guide Reuben efficiently organises our trek to the crater of Ambrym's active volcano (Marum) at a reasonable price, accompanied by a quiet but very pleasant guide, Johnnies. The 9.5 hours return trek covering around 23km is impressive with its varying landscapes: from the forest gardens of the village; to dense forests of ferns; to the vast black ash plains in sharp contrast with the surrounding green mosses and trees; then a climb up lava boulders along a 'river' of ash sands; to the rolling hills of wild cane spreading acres and acres through which a narrow ridge of lava gravel path has been cleared to lead finally towards the crater that is shrouded by a mix of clouds and smoke.
At just a couple of metres from the edge of the crater (here, our complete reliance on Johnnies as our guide - as the reduced visibility may easily lead to a fatal fall into... mount doom...), we wait for moments when the clouds and smoke finally clear... and we are rewarded for our efforts and patience: views of the fiery red boiling and exploding lava. Yes we missed out Tanna's Yasur volcano, but we are content to have climbed spectacular Marum. No regrets whatsoever!
De Ambrym nous faisons un saut de quelques milles au Nord pour atteindre l'ile de Pentecoste. Nous sommes le premier voilier de la saison et le village de Loltong nous fait un très bon accueil. Mathew et Marie qui tiennent le Vatulo 'yacht club' (une case en bord de plage) nous font découvrir le village avec sa grande case commune où se tiennent les réunions de communauté et les sessions de kava. Le village est singulièrement divisé en deux parties: anglophone et francophone organisées respectivement autour de l'église anglicane et de la mission catholique (qui abrite une grande école). Certains villageois viennent à notre rencontre et sont enchantés et très fiers de pouvoir bavarder en français. Les gamins sont partout et beaucoup ont des cheveux crépus blonds! Nous remplissons nous bouteilles d'eau avec l'eau de la montagne qui arrive à un robinet au pied d'un gigantesque banian et dégustons un repas traditionnel Vanuatu préparé avec amour par Marie, comprenant pas moins de dix plat différents tous préparés avec les produits de son jardin.
Loltong Bay, Pentecost, where we are welcomed, as their first yacht of
the season, by Vatulo Yacht Club, run by Mathew and Marie. The villagers are
friendly, many approaching to say hello, and some are genuinely proud to be
able to communicate with us in French. Mathew walks us through the village
showing us the Catholic mission and school grounds, the Anglican church, and
the community house where meetings, ceremonies and kava sessions are held.
Children flock to us, many with frizzy blond hair! We fill our bottles with the
mountain-stream-tap at the foot of their huge Banyan tree, and enjoy an
interesting lunch at the yacht club, comprising of 10 local traditional dishes,
all products from their own gardens.
Après une escale à
Asanvary, sur Maewo, nous obliquons vers l'Ouest vers l'ile de Ambae. Le
mouillage de Lolowai, au Nord-Est de l'ile a la particularité d'être le cratère
immergé d'un ancien volcan. La passe d'entrée est seulement profonde de 2 m et
a été creusée par les villageois qui étaient las de débarquer et de tirer leurs
canoës par dessus le récif. La protection de la houle y est excellente mais ce
mouillage, comme beaucoup au Vanuatu, est sujet aux williwaws! Nous rêvons
parfois d'une seule nuit de calme sans que Galatée se mette à valdinguer sous
les rafales. L'apnée à l'extérieur du récif est toutefois intéressante: eau
très claire, coulées de lave et grottes sous-marines. En préparation de notre
prochain départ vers Espirito Santo, qui s'effectuera de nuit, nous bougeons
vers le mouillage de Vanihe Bay, juste de l'autre cote du promontoire qui
sépare ce mouillage de celui de Lolowai. La forêt sur le sommet du promontoire
est peuplée de centaines de grandes roussettes que notre arrivée perturbe et
qui volettent en pleine lumière. Ces magnifiques créatures avec leurs ailes
d'un noir d'encre et leur poitrail roux sont d'une grâce et d'un agilité
surprenante dans la manière d'atterrir sur une branche et avec l'inertie du vol
de se laisser basculer, la tête en bas,
comme un gymnase aux barres parallèles, en s'enroulant dans leurs grandes
ailes.
After a 2-day stop (with incessant rain...) at Asanvary Bay at the
southern tip of Meawo island, we turn west towards Ambae. Here, the anchorage
at Lolowai Bay is actually a sunken volcano crater. An entrance passage of
around 2 m deep has been blasted out of the external ring of reefs to
facilitate access, the islanders having gotten tired of having to disembark
from their canoes getting in and out of the bay. Whilst protected from the
swells, it is yet another anchorage subject to williwaws! How we long for a
quiet night without swinging in all directions! The snorkelling at the exterior
of the pass is however interesting with boulders and layered volcanic rocks. In
anticipation of a night time departure towards Espiritu Santo, we move to Vanihe
Bay just west of Lolowai, anchoring just
next to a high cliff where flying foxes, agitated perhaps by the noise from our
anchor and chain, flutter out of the tree-tops in bright daylight. They are huge,
reddish brown, and amazingly graceful and agile as they return to their tree
tops: 'landing' and swiftly inverting to hang upside-down whilst wrapping
themselves into their wings.
Après une traversée nocturne assez lente due à la dévente du relief de Ambae, nous récupérons une gentille petite brise de SE alors que nous approchons de Santo et entrons dans le chenal qui donne accès à Luganville. Nous passons devant les vestiges historiques de la 2eme guerre mondiale, à l'époque où Santo était une importante base arrière Américaine pour le théâtre des Salomon: l'épave du SS Coolidge et le 'million dollar point', lieu où tout le matériel militaire US non-rapatrié a été poussé à la mer après la fin de la guerre et dont les carcasses rouillées pointent ici et là. Selon les conseils de David (Voilier Rireana, NZ), nous mouillons devant la plage du Beachfront Resort qui accueille volontiers les voiliers de passage et offre quelques services dans un cadre somptueux. Luganville est définitivement moins sophistiquée que Port-Vila, plus décontractée et assurément très sympathique. Nous y passons une semaine très agréable de repos et de visites nonchalantes et effectuons un complément d'avitaillement important en préparation de la prochaine phase de notre voyage vers l'Ouest: Louisiades en PNG (Papouasie-Nouvelle-Guinée) puis notre adieu au Pacifique avec le passage symbolique du détroit de Torres et l'entrée dans l'océan Indien.
Luganville,
Espiritu Santo - A slow night passage from Ambae, SE winds if any completely
blocked by the island as we sail west on its northern coast. We retrieve a
little wind only after daylight, anchoring near midday west of Luganville town
in front of the Beachfront Resort (anchorage recommended by David of S/Y
Rireana of NZ) which receives yachts as part of their clientele, allowing as to
leave our dinghies safely on their beach, and providing necessary facilities
plus water. Luganville is less sophisticated than Port Vila, a little more
laid-back but just as friendly. We spend a week resting, provisioning, and
preparing the navigation routes for the next big phase, ready to make our way
west towards the Louisiades Archipelago (Papua New Guinea), after which we will
be marking our farewell to the Pacific via the symbolic passage through the
Torres Straits and thus, towards the Indian Ocean.
















