31/05/2018

Transat de retour vers les Açores_Transat back to the Azores


Nous sommes début mai. Nous notons que les alizés n'ont pas l'intention de mollir ni d'ailleurs de basculer légèrement au sud-est (comme la saison le voudrait) d'ici quelque temps et notre intérêt pour Antigua s'étant totalement érodé pour ne plus laisser qu'une très forte envie de changer de lieu, nous nous lançons sur la transat retour vers l'Europe le 08/05 en sachant que l'anticyclone des Acores n'est pas favorablement positionné et que les conditions ne sont donc pas optimales pour une traversée directe et rapide. Peu importe, la stratégie de départ reste de toute manière la même, faire du Nord-Est en serrant le vent pendant cinq à six jours et espérer ensuite accrocher le bord Nord-Ouest de l'anticyclone, vers 34 ou 35 degrés de latitude Nord, sans trop avoir à faire de moteur pour traverser la zone centrale sans vent puis récupérer alors du portant. Stratégie générale que nous aurons tout le loisir d'adapter car d'ci notre approche de ces latitudes ('Horse' latitudes) les choses auront eu le temps d'évoluer...  

Nous nous mettons donc en route après un mois d'escale et les premiers jours sont un peu difficiles car nous naviguons au près sous Solent contre les alizés dans une mer formée dans laquelle Galatée cogne fort et qui balaye régulièrement le pont et passe par dessus la capote. Passé ces premiers jours les conditions s'améliorent significativement. Nous trottinons au bon plein dans une gentille brise d'Est durant une semaine sous un temps magnifique. Ciel bleu et petits cumulus de beau temps avec en prime un joli thon rouge de 7 à 8 kg qui nous apporte plus de trois jours de bons petits plats cuisinés, 8 conserves au vinaigre et 6 gros filets salés et séchés (que nous consommons comme du jambon, notre serrano de la mer) ainsi qu'un calamar capturé selon une technique de pêche absolument inédite, baptisée Matriochka!   

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l'axe de la dorsale anticyclonique, le temps mollit de plus en plus et nous envoyons régulièrement la jolie bulle bleu azur de notre spinnaker asymétrique dont les 80 m2 nous permettent de nous déhaler sans avoir à lancer le moteur. Pas vite, certes, mais sous voiles! Mais l'usage du moteur reste parfois nécessaire. Encalminés pour de bon le 20/05 nous lançons la risée Perkins pour rejoindre la zone où nous sommes à peu près sûrs de récupérer un peu de vent d'Ouest. Le 21/05 au matin, après 12 heures de moteur, nous accrochons les vents légers du bord Nord de l'anticyclone, envoyons le spi et laissons derrière nous la zone de calmes. Nous marchons bien les jours suivants en profitant des vents d'Ouest et des bouffées de Sud-Ouest des fronts froids des dépressions qui, au Nord de notre route, courent vers le Nord-Est, de la Floride jusqu'au iles Britanniques et se succèdent à deux ou trois jours d'intervalle. Ces bonnes conditions nous amènent rapidement vers notre destination de Horta sur l'ile de Faial que nous touchons le 31/05 en ayant égalé très exactement notre traversée de 2011, couvrant 2505 miles en 23 jours et seulement 12 heures de moteur. Durant cette transat, nous avons croisé beaucoup de dauphins, puffins et de galères Portugaises (physalies) ainsi qu'une bonne dizaines de cargos et de voiliers, mais à notre grande déception, pas de cétacé. 

La marina de Horta, qui il y a sept années était déjà très fréquentée au printemps est maintenant archi bondée, les voiliers se retrouvant à couple sur quatre rangées. Les rallyes de l'ARC et de l'ABC phagocytent totalement les emplacements et la course à la démesure sur la taille des bateaux de croisière n'aide pas non plus. Résultat, nous nous retrouvons à l'ancre comme une douzaine d'autres voiliers en attente de place en espérant que nous pourrons récupérer notre ancre sans trop de difficulté (nous avons oringué par sécurité) car d'autres bateaux ont eu leur ancre engagée dans des vielles chaînes et ont du faire appel à des plongeurs. 

The first week of May passes. Seeing that the easterly trade winds are neither about to relent, nor about to turn south-east (as it 'normally' does in the season), and getting seriously bored after yet another week in Antigua and itching to go, we decide to set sail on 8/5 for our fourth north-Atlantic crossing. Even though the Azorean High is not (yet) well positioned for a fast and direct journey,  the strategy in any case remains the same: head north, or north-northeast when possible, close reaching as much as we can during the first week or so. Aiming to attain the latitude of 34 or 35 degrees North, we hope to be able to reach the northwestern tip of the North Atlantic High (that varies in size and position, but centres usually around the Azores and stretching west, sometimes as west as 60 or 70 degrees longitude) without having to do too much motoring - the centre of the High being always becalmed. The weather GRIB files are good for four days anyway, and we will adapt our route as we progress.

Setting sail after a month of anchorages is always tough, especially if close-reaching in 20-25 knots of winds, and with 2 or more metres of swells. Fortunately, after the first two days of discomfort (during which the deck and cockpit get constantly washed by waves), conditions improve significantly. Galatée trots on comfortably in slight eastern breezes for another week, with beautiful sunny weather, blue skies and fluffy tradewind clouds. As a plus we catch a 7-8 kilos tuna on 15/5 (after several days of ridding the line of weeds), This huge catch includes a deliciously fresh squid probably gobbled by the tuna just seconds before she bites our line, different dishes for 3 days, 8 pots of conserves in vinegar, and 6 large dried salted filets. 5-6 days of very, very light winds follow, during which we manage to sail serenely with our bright blue spinnaker. We limit our motoring hours to only 12, during a totally becalmed night (20 - 21/5), so as to reach a position where we are more or less certain we will catch westerly winds. Thereafter, with westerlies of the Azorean High, and southwesterlies from a series of cold fronts sweeping eastwards north of us, Galatee makes good speed of 6 knots or more to cover the rest of the eastward journey to the Azores island of Faial. We match our 2011 record of 23 days, covering 2505 nautical miles, and proudly with only 12 hours of motoring. Dolphins, Shearwaters, and numerous beautiful Portuguese Man-of-War (Physalies), a dozen of freighters and sailing yachts, but unfortunately, no sighting of whales this time. 

We enter the port of Horta just after noon of 31/5, only to find it full to the brim, spilling over literally. Unfortunately for us in terms of timing, more than 30 boats from the ARC Europe rally (and other similar rallies such as the ABC - Atlantic Back Cruising) arrive before or at the same time as us. The increase in size of current day yachts does not help either, each monster taking up so much space! We find a quiet spot to anchor at the southern end of the harbour, joining 2 dozens or more boats unable to find a space in the marina, hoping that at the end of our stay in Horta we will have no trouble weighing anchor (as some other yachts have had their anchors lodged in rocks or entangled in chains....).


05/05/2018

Antigua





Là, nous changeons de crèmerie. Nous passons de la plaisance de classe moyenne à aisée, à la plaisance de luxe débridée des Super Yachts. Les anciens docks de Nelson, qui il ya encore quelques années, laissaient la place aux petits voiliers, ont été aujourd'hui entièrement réaménagés à l'exclusivité des Super Yachts. Résultat, la flotte des "petits" voiliers (il ya 20 ans, un petit voilier était un voilier de, disons, de 7 à 8m, aujourd'hui, un voilier de 12m est un petit voilier...) se retrouve agglutinée dans l'espace restreint du mouillage de Freeman's bay - par ailleurs très joli - où Il faut déployer beaucoup de finesse dans l'art de trouver sa juste place au milieu des quarante autres voisins. La promiscuité s'y fait d'ailleurs un peu pesante voire inquiétante, à chaque fois notamment que le bruit de la chaine de mouillage d'un nouvel arrivant qui jette l'ancre à quelques mètres de nous, nous fait bondir dans le cockpit... Nous ne restons donc que deux nuits à English Harbour et bougeons rapidement vers l'Ouest pour y chercher un peu plus d'air de paix et d'espace d'évitage.

A complete change of 'scenery' awaits us in English Harbour. Superyachts, unbelievably huge and luxurious, are now the main 'clients' where the historic Nelson Dockyard has evolved in such a way that 'normal-sized' sailboats (20 years ago, a 7-8 metre yacht is considered small, now, a 12 metre boat is amongst the smallest...) no longer have much anchor-able space. Freemans Bay, albeit still beautiful, is so crowded (there are 40 yachts in this small bay!) that it is a delicate art to find a spot to drop the anchor. Every single time we hear the engine and the anchor chain belting out of a windlass of incoming yachts we jump out into the cockpit, concerned.  Unsurprisingly we stay only two nights, eager to find more privacy, breathing space and of course, more swinging space.



Heureusement, Antigua offre d'autres possibilités de mouillages dans de jolies baies assez peu fréquentées et ourlées de belles plages. Plages qui, malheureusement pour nous, dans la majorité des cas sont privées et réservées exclusivement à la clientèle des complexes hôteliers qui les bordent. Bon, on se console en se disant que l'on profite de la baie gratuitement et que ceux qui déboursent la modique somme de 1500 US$ la nuit ou la très modeste somme de 111 000 US$ le cottage pour une semaine (!!), ont quand même le droit de s'isoler de la plèbe...

Sailing westwards to explore the anchorages on the southern and western coasts, we do find beautiful beaches and shallow jade green waters. However, most if not all of the beaches are private and dedicated to all-inclusive hotels and resorts. Well, we console ourselves, that we are still 'privileged' to be able to anchor in front of these beaches (and even use their free-wifi sometimes), where the clients, in forking out a 'modest' sum of 1500 US$ a day for a suite, or 'just' 110 000US$ a week for an exclusive villa, do perhaps have the right to be separated from 'common folk'.



Mais, il reste encore quelques belles surprises, sous l'eau, à Carlisle Bay notamment, où l'on peut observer sous le surplomb d'un long platier rocheux quantité de juvéniles et, au beau milieu de la baie, un banc polarisé de milliers de (petits) barracudas qui s'enroulent de manière parfaitement disciplinée en un grand cercle centré sur un grand barracuda solitaire. A Deep Bay, aussi, sur l'épave de l'Andes, un grand clipper chilien (trois mâts barque en acier) coulé en 1905 lors de l'incendie de sa cargaison et qui git maintenant sous 3m d'eau en offrant sa grande carcasse concrétionnée en protection à tous les petits poissons multicolores de la baie.

There are fortunately some exceptions. Carlisle Bay, where the anchorage is further from the beach hotel, and the snorkelling surprisingly interesting where we seek out juvenile angelfishes under coral shelves, swim with a beautiful eagle ray, and hover with a huge school of sennets (small barracudas) swirling in perfect artistic harmony around and above a single great barracuda; and Deep Bay (strange name for a bay which is not deep) where the snorkelling at the Andes wreck (three masted steel barque sunk in 1905 when its cargo of pitch tar caught fire) is marvellous with an abundance of small fish and colourful corals at 3-5 metres' depth.

Un peu lassés des complexes hôteliers, des allers et venues des jet-skis et des bateaux de promenade, nous nous échappons, dès que le vent le permet, et faisons route vers le Nord-Est vers le North Sound afin de trouver un certain isolement sous le vent de Great Bird Island, ile privée, inhabitée et déclarée réserve par son fortuné propriétaire, qui généreusement en autorise l' accès aux visiteurs (bravo!). Nous nous y ressourçons quatre jours en appréciant la beauté de l'ile et ses oiseaux: pélicans, frégates et les mouettes rieuses (à tête noire) qui viennent pêcher près de Galatée et nous éveillent dès potron-minet par leur babillages.

Quick to tire with looking at expensive beach resorts, with jetskis or tourist-filled yachts zipping around us, we head east on Antigua's northern coast as soon as the winds permit, towards Great Bird island, an uninhabited island sanctuary (bravo to its private owner who does not forbid access to the island), to spend a few days enjoying the wildness of the anchorage and the island, where the view from the top ridge (extremely windy walk!) is beautiful. Birds (black headed gulls) wake us each morning, with pelicans, frigates, tropicbirds and other smaller common birds like the yellow warbler (canary) visiting the island regularly.



Nous passons le reste de notre séjour à Antigua au mouillage de Mosquito Cove, à proximité de la marina de Jolly Harbour et de ses facilités, à lire, cuisiner, se baigner, préparer et attendre... comme d'ailleurs la plupart des autres voiliers européens qui nous entourent, le départ de notre transat retour vers les Açores.

The rest of our stay in Antigua comprises essentially a waiting period for a weather window at the anchorage of Mosquito Cove, outside Jolly Harbour Marina. Just reading, provisioning, cooking, resting, waiting, reading, waiting, swimming, waiting.... as is the case for most of the European yachts here around us, for our passage to the Azores.