15/09/2017

Cap d'Ambre




Le cap d'Ambre, pointe Nord de Madagascar, est un passage à la réputation sulfureuse et certains n'hésitent d'ailleurs pas à qualifier cette zone de chaudron de sorcière tant les conditions de mer rencontrées, dues au renforcement des Alizes canalisés par la grande terre et par la confluence explosive du courant équatorial Sud avec  le courant qui cours vers le Nord le long de la cote Ouest de Madagascar, peuvent être dantesques.

Notre stratégie globale pour approcher le cap sera de faire route WSW à partir de Cocos, de passer à quelques milles au Sud du récif des Cargados (qui peuvent éventuellement servir de mouillage d'attente si les conditions au cap d'Ambre sont prévues très mauvaises pour plusieurs jours), puis de raser la toute petite ile française de Tromelin (juste pour faire coucou aux gendarmes en poste) et remonter ensuite à quelques dizaines de milles le long de la cote Nord-Est, sur une route NW, normalement au grand largue, les Alizés soufflant S ou SSE dans cette zone.

Quant à la stratégie à adopter pour doubler le cap d'Ambre nous y avons longuement réfléchi. Parmi les deux options possibles: soit très au large, à plus de vingt milles au Nord, soit  au plus près, nous avons finalement retenu cette dernière qui est celle connue comme la pratique locale et qui doit permettre en rasant la cote, à quelques centaines de mètres seulement, d'éviter le pire de la zone de confluence et de se retrouver immédiatement sous la protection de l'ile dès le cap doublé.

La stratégie étant établie, il n'y a plus qu'a...

Les 1400 milles couverts entre Bali et Cocos nous avaient déjà donnés un premier aperçu des conditions à attendre lors de la traversée de l'océan indien pendant l'hiver austral. Les 3000 milles suivants nous ont confirmé que c'était un passage éprouvant. Durant les deux premières semaines de ces trois semaines de mer, nous n'avons que très rarement pu profiter du cockpit tant les conditions de mer étaient difficiles avec cette mer du Sud qui croisait et déferlait et qui nous a menée une vie d'enfer.

Trois jours après notre départ, un grosse déferlante nous prend sur le travers et s'écroule sur le pont dans un fracas épouvantable. Le coup de butoir nous couche le mat dans l'eau pendant quelques secondes en balançant de bâbord à tribord tout ce qui peut voler avec une férocité incroyable et en laissant l'intérieur de Galatée dans un état de chaos indescriptible. A l'extérieur c'est pas terrible non plus: capote arrachée à ras le pont, caillebotis suspendus dans les filières, jerrycans en déroute et toutes les manœuvres par dessus bord. Heureusement, le gréement a tenu bon, nos petites personnes sont indemnes et nous n'avons rien perdu ou cassé d'irremplaçable...

La nature humaine étant ce qu'elle est, nous nous adaptons au bruit et aux coups de gite réguliers qui nous accompagnent jours et nuits et réussissons à mener une vie presque normale. Les panneaux de descente sont en place et verrouillés et nous ne sortons la tête que pour la veille et éventuellement régler le brave Kevin qui souffre aussi. Malgré les panneaux de descente, nous prenons de l'eau des déferlantes par les joints et nous épongeons en permanence pour garder la descente aussi sèche que possible.

Passé le plateau des Mascareignes, les conditions s'améliorent sensiblement. Nous passons les Cargados sans escale, les prévisions pour le cap, que nous devons passer dans cinq jours étant  très bonnes. Nous doublons Tromelin le 12 septembre, petit bout de caillou des TAF de 300m de large et de 1400m de long, dont nous apercevons le sommet des cocotiers.

Le 15 septembre, nous passons le cap d'Ambre à raser les cailloux dans des conditions de demoiselles: jolie brise du SSE et mer docile, aplatie par les trois nœuds de courant qui cours dans le même sens que le vent. Comme prévu, dès le cap doublé, nous naviguons sur une mer plate avec un bon vent. Un régal et un émerveillement car c'est la saison de reproduction des baleines à bosses et celles-ci sont légions dans les eaux de la baie d'Antongil, du cap d'Ambre et du canal du Mozambique. En ce beau matin d'un ciel très bleu sans nuage, nous observons des dizaines de baleines qui s'ébattent et font des sauts prodigieux. Un animal fait surface le long de Galatée, si près, que son immense corps occulte la lumière des hublots de hiloire de roof. Nous sortons précipitamment dans le cockpit pour tenter de l'observer, mais le géant, très lentement, à déjà replongé. Il refait surface à 50 mètres derrière nous, son énorme tête crevant la surface à la verticale et un tiers de son corps s'élevant hors de l'eau. Majestueux. Nous observons également le comportement étrange de couples de baleines qui, pendant dix minutes et à intervalle de trois ou quatre secondes, tour à tour, frappent violemment l'eau avec leur caudale. Education d'attitude de défense ou parade nuptiale, nous n'en savons rien mais l'émotion du spectacle nous laisse l'épiderme électrisé. 

Vingt milles après le cap d'Ambre, l'après-midi étant déjà bien avancée, nous prenons le mouillage devant Nosy Hara, pour une bonne nuit de repos, sans vent, sur une eau calme comme un lac.



The Cap d'Ambre - Madagascar's northern tip, has a sulphurous reputation. Some has even gone as far as to call it a witch's cauldron, in which the explosive mix of wind and sea conditions : where the confluence of forceful southeast tradewinds canalised by Madagascar's mainland, the South equatorial current, and the currents that sweep northwards along the country's west coast, may result in dantesque phenomena.

The strategy that we have adopted for our crossing, is to head west and southwest from Cocos Keeling, but keeping well north of Rodriguez and Mauritius' main island. We pass just south of Cargados Carajos shoals (Cargados is intended to be a backup anchorage should we find that our timing in arriving at Cap d'Ambre happens to coincide with difficult conditions at the Cap), then again south of the tiny French island of Tromelin before heading northwesterly to approach the coast in order to run with the South or Southeast tradewinds and along with the currents that round the tip of Madagascar at Cap d'Ambre from the southeast. As to the strategy to round the cap, we choose the option of sailing as close as possible to the coast (at a maximum of some hundreds of metres) so as to avoid the worst of the confluence.

21 days from Cocos Keeling, covering almost 3000 nautical miles to reach Cap d'Ambre. For the most part of the journey, we face the same tiring conditions as we had during the last 4 days to reach Cocos Keeling from Bali. Only that the longer journey makes it more testing : for the first 10 or more days we are confined inside the boat, unwilling to get into the cockpit so as not to get ourselves drenched by the waves or the rain, as afterall, with the grey skies and no sun, nothing dries.

The constant rolling of the boat, with sometimes very forceful hits by breaking waves from the south, makes balancing a touchy affair. One especially strong hit on 27th August actually knocks us down, sending all sorts of things (fruits, veges, books, CDs, kettle...) flying from port to starboard side at an incredible speed.  Fortunately, Galatée stabilises within seconds, the mast and rigging are all intact, and we are not hurt, but some repairs will be needed, especially the dodger which is torn and ripped from the roof deck. We settle our nerves, clean up the horrible mess inside the boat and in the cockpit, and gradually adapt ourselves mentally and physically to these trying conditions. Meals are prepared as simply as possible and we manage as well to bake sourdough breads regularly (we are consuming 2 loaves every 3 days!), supplementing an important source of nutrition in addition to our milk kefir plus muesli and fruit breakfasts.

Very fortunately, conditions improve significantly as we pass the Mascareignes Plateau. Wind forecasts are great for 15th September, our estimated date of rounding the Cap. We arrive in the early morning with moderate winds and minimum swells, and 3 knots of current in our favour (in the same direction as the winds). A beautiful morning, clear blue and cloudless skies (no squalls!!), the sea almost flat, and as a huge plus, sighting dozens of magnificent humpback whales. One surfaces so close to Galatée (at a distance of 2 metres or less) it blocks out the sun and we jump out into the cockpit to try to see it, but the giant dives gently and resurfaces about 50 metres behind us, in a spectacular break out of the water, head first. Majestic. After rounding Cap d'Ambre the sea in the Mozambique channel is completely calm, we sail south, still sighting whales along the way. We watch from afar a strangely violent display of a couple of whales flipping their tails with loud splashes on the surface, at intervals of 3-4 seconds continuously over at least 10 minutes. A memorable landfall as we motor towards our first anchorage at Nosy Hara for a windless and peaceful night's sleep.

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