Le lagon de Knysna
est réputé pour sa beauté et aussi pour la difficulté de son entrée, appelée
'The Heads', qui dans toutes conditions autres que calmes est rendue impraticable
par une barre qui brise sur toute la largeur du passage entre les récifs,
passage qui ne dépasse pas 50m de large. Le petit port de Mossel Bay, 40 milles
plus à l'W de Knysna étant saturé par les voiliers locaux en cette période de
vacances (les grandes vacances dans l'hémisphère Sud), nous sommes contraints si
nous souhaitons y faire escale de soit mouiller devant la plage de Santos à
l'extérieur du brise lames - mouillage exposé à la houle*, soit de trouver un
amarrage à couple avec les chalutiers si il ya de la place. Nous décidons donc avec
les voiliers Chrisaloha et Kisbar (Jean-Marie et Aldo) de tenter l'escale de
Knysna en prévoyant d'entrer à l'étale de pleine mer le 11/12 ce qui colle
assez bien avec un départ de PE en début de matinée et avec une météo qui
s'annonce très clémente.
Nous nous levons à
5h00, afin que Laurent ait le temps, avant d'envoyer nos blanches voiles, de
monter au mât et de nettoyer la totalité
du gréement couvert de noir de manganèse: haubans, bas-haubans, bastaques,
étais, mât... péniblement, mètre par mètre, à l'éponge et à l'eau de mer, que
Shu-In hisse par seaux avec la drisse de spinnaker. A malheur toute chose est
bonne, dit-on; Laurent découvre en tête de mât, avec des yeux ronds comme des
billes, que la goupille qui normalement retient l'axe de cadène de l'étai
principal a été cisaillée et que l'axe est à moitié sorti de la chape. L'étai
tient par miracle, la cadène s'étant bloquée en travers dans la chape de tête
de mât. Avec l'aide de Marcel et de quelques bon coups du gros marteau de bord pour
décoincer la cadène et l'axe, nous décapelons l'étai au niveau du pont puis
recapelons en tête et finalement sur le pont.
A 09h30, tout est rentré dans l'ordre et nous sommes prêts à l'appareillage.
Enfin dégagés de
PE, nous réussissons à faire route sous voile pendant les premières huit heures
avec du vent léger puis, le vent étant complètement tombé nous lançons le
moteur afin de tenir notre rendez-vous avec la marée à l'entrée des 'Heads'. En
fin d'après-midi, le moteur commence à donner des signes inquiétants de
faiblesse: le régime est fluctuant pendant quelques minutes, puis soudain le
moteur monte dans les tours et finalement cale... Laurent reconnait-là les
symptômes d'une prise d'air dans le circuit gazole et après inspection et purge
du circuit (ce qui est une plaie avec le 4108) ramène le moteur à la vie. Pour
quelques heures seulement. Nous répétons trois fois la manipulation pendant la
nuit avec les mêmes résultats: fonctionnement normal pendant une heure puis
désamorçage... Nous vidons alors le coffre bâbord pour accéder au moteur, au
pré filtre et au réservoir gazole et commençons à tout vérifier. Une heure plus
tard et après démontage complet du pré filtre et du robinet d'isolement du
réservoir, le coupable est enfin trouvé: des brins d'herbe ou de foin (origine?)
qui ont quasi complètement colmaté l'arrivée de gazole et conduits aux prises
d'air par la mise en dépression du circuit par la pompe primaire. Nous
nettoyons les litres de gazole qui se sont répandus dans les fonds, rangeons le
coffre et remettons en route le Perkins, qui maintenant bien alimenté ronronne enfin
comme à son habitude.
Nous entrons à la
suite de Chrisaloha et de Kisbar dans les 'Heads', un peu à la bourre et pour
cause, deux heures après la PM. Nous avons de la chance: les conditions sont
idéales, la mer est calme, le moteur fiable (...) et nous entrons dans le lagon
comme une lettre à la poste. A l'intérieur du lagon, nous sommes pourtant surpris
de constater que, dû au relief, il souffle 30 nœuds sur un plan d'eau assez
agité alors que dehors il n'y a rien, ou presque. Le vent n'aidant pas, Marcel dans
son annexe nous donne un coup de main pour prendre un coffre du YC et après une
rapide collation nous nous jetons dans notre couchette à 19h00 pour une nuit bien
méritée, libre de toute interruption technique.
(*) Les 06/12 et
07/12, alors que nous attendions en relative sécurité à PE le passage du coup
de vent de SE, le voilier Day-Off (Gregory), mouillé à Mossel Bay, a rompu sa
chaine sous les violents rappels dus à la grosse houle qui rentrait dans la
zone de mouillage et a été drossé sur la plage de Santos.
Knysna
est un assez joli endroit. C'est aussi un endroit très touristique, sophistiqué
et, disons-le franchement, assez bourgeois. Notre point de vue recoupe donc
assez bien l'avis dont Guy de PE nous avait fait part. Pour autant, nous
apprécions notre séjour en la très bonne compagnie des équipages bons vivants de
Chrisoloha et Kisbar: balade jusqu'aux 'Heads' par une belle journée
ensoleillée, bières et vins au café Mario et un dîner mémorable au restaurant
sur pilotis du YC très largement arrosé de bons Chenins blancs et d'excellents
rouges Sud-Africain. Là, en passant, nous nous devons de saluer les
Sud-Africains pour la qualité de leurs tables; la cuisine y est excellente,
raffinée et présentée avec goût. Que du
bonheur.
La webcam des
'Heads' montrant une barre blanche très franche de déferlantes en travers de la
passe, nous reportons sans hésitation notre départ initialement prévu le 14/12
au matin à l'étale de BM, à l'après-midi, une heure avant l'étale de PM et donc
avec encore un peu de courant entrant. Ce sont là les meilleures conditions:
houle, vent et courant dans le même sens avec un peu plus d'eau au niveau du
seuil. Cela étant et bien que notre timing soit parfait, notre passage dans les
'Heads' restera une expérience que pour rien au monde nous ne referons. Les
conditions semblaient acceptables pourtant, mais une fois dans la passe, la
houle de SW encore trop forte, de l'ordre de 3m, nous a fait vivre un moment
d'angoisse que nous ne sommes pas prêts d'oublier. Alors que nous entrons dans
l'étroiture, les murs d'eau successifs se présentent devant Galatée, de vrais
murs d'eau qui se dressent quasi verticaux et qui nous font grimper à 45 degrés
sur leur surface ruisselante. Derrière la première crête blanche, le vide. Un
trou de trois mètres dans lequel Galatée bascule en faisant ventiler
entièrement l'hélice et au fond duquel elle s'écrase dans un fracas horrible
qui secoue le bateau comme un coup de masse gigantesque. Le premier choc est si
violents que nos yeux se portent d'instinct vers le gréement pour vérifier que
nous n'avons pas démâté. L'ancre, pourtant assurée, a été arrachée du davier et
pend en cognant contre la coque. Impossible de faire demi-tour. Le moteur hurle
sa détresse et Laurent se débat pour maintenir l'alignement sur l'arrière entre
les récifs et garder Galatée perpendiculaire aux murs; surtout ne pas donner
dans le travers! Les murs se succèdent, deux, trois, moins violents maintenant.
Deux cents mètres plus loin, nous sommes sortis de cet enfer. Un canot rapide,
qui attend dehors notre passage nous fait un signe de respect que nous ne
sommes pas vraiment en situation d'apprécier. Moralité et règle absolue: quand il y a plus de 2m de houle à l'ouvert
des 'Heads', on reste sagement au mouillage et on attend!
Knysna's lagoon is reputed for its beauty as well as for its narrow
entrance called 'The Heads', which in less than ideal conditions is not at all
practicable with a barrier that breaks across the entire width of the entrance
(just 50 metres wide) between the reefs. With Mossel Bay's yacht club (40
nautical miles further west) fully booked by local sailboats for the annual
holiday season, obliging visiting yachts to either anchor at Santos Beach
outside the breakwaters - probably exposed to swell and wind, or berth
alongside fishing trawlers within the commercial harbour, we take the decision
to join S/Y Chrisaloha and Kisbar (Swiss sailors Jean-Marie and Aldo) to
attempt the entry into Knysna at slack water of high tide timed for late
morning of 11/12. This means leaving PE early on Sunday 10/12 around 8:30 a.m.,
with a weather forecast announcing good (perhaps light) winds.
We wake up at 5 a.m. so that before we hoist our sails, Laurent can climb up the mast to painstakingly clean the riggings of the manganese dust, metre by metre with a sponge, with Shu-In hoisting buckets of sea water up and down with the spinnaker haleyard. All bad things have perhaps a hidden 'blessing', as Laurent finds the axis of the chaine plate of our main forestay partially dislodged, the split pin that held the axis having been broken! The forestay has held on, miraculously. We unpin the forestay from its lower base on the deck, and with help from Marcel of S/Y Chrisaloha to lift the furler and forestay sufficiently high, Laurent manages to hammer the axis out, reposition it and replace the split pin, getting Galatee ready to leave by 9:30 a.m.. By then however we are obliged to wait for the entrance of a freighter into the port, thus it is another half-hour's delay before we actually leave.
With light winds, we manage to sail for around 8 hours. Then the winds
drop, and we know that our Perkins has to help to make the timing into the
lagoon. By late afternoon, the first sign of an engine issue: the oscillation
speed of the engine suddenly varies on its own accord... then it speeds up
suddenly before stalling. Laurent
recognises the symptoms of possible air bubbles in the diesel circuit and after
inspecting and purging the circuit (which is a weakness of the Perkins 4108) we
manage to restart the engine. Unfortunately the stalling happens several more
times, each time after a few hours of proper functioning. At dawn, Laurent
spends an hour in the cockpit locker accessing the diesel tank, dismantling the
tap and pre-filter, finding the diesel feed completely blocked by dirt
particles and unidentifiable debris, resulting therefore in the 'suction' of
air into the diesel circuit. Though we cannot figure out how this could have
happened, as we filter all our diesel, at least the problem is resolved! Cleaning
up the litres of diesel that had flowed during the cleaning process, we put the
Perkins finally back en-route, listening with relief the familiar 'purring' of
the engine as we make it into the Kynsna Heads two hours after high tide,
trailing behind S/Y Kisbar and Chrisaloha.
The conditions for entry are ideal, the sea being calm and winds outside
the entrance mild... and we have a functioning engine! However, funnelled by
the hills, the winds inside the lagoon are blowing at 25-30 knots... we pick up
a swing mooring (though impossible without Marcel's help in his dinghy) and
after a late lunch, fall asleep exhausted till 7 pm, wake up for a light snack,
and sleep the whole night through...
Knysna
is indeed very pretty, but too touristic and bourgeois for our taste, which is
in fact in line with Gee's point of view which he shared at PE. Nevertheless we
enjoy a half-day walk from the Knysna Waterfront to The Heads on a beautiful
sunny day, beer, wine or coffee at Cafe Mario, and a wonderful dinner (well
doused with lots of good South African wine!) at the Yacht Club's restaurant,
all in great company with the crew of S/Y Chrisaloha and Kisbar. We are indeed impressed with the South
African's pride in the quality of their cuisine, the refined and tasteful style
and presentation of each and every dish. A real 'bonheur'.
The webcam of The Heads showing quite a bit of rolling whites (waves and
swell) at slack time of low tide in the early morning of 14/12, we delay our
exit of the Heads till around 1 p.m. with still some incoming tide (which ties
is with the advice given by the Rescue Station). In theory these are the best
conditions : swell, winds and currents in the same direction with more water
depth at the passage. However, here we experience one of our scariest moments
in navigation, one which we do not ever want to repeat. Approaching the exit,
the conditions seem acceptable, but once in the passage, we see 3 metres waves
(generated by the still considerable southwest swells) coming at us successively
in short intervals. Galatee riding up the wave 'walls' at nearly 45 degrees,
then plunging beyond the foaming white crest into the trough with a violent
'wham'.... Instinctively we look up, the mast and rigging hold (thank
goodness!!!), the bow gets washed over by the waves, the anchor is dislodged
and hangs by its security attachment line but our dear Galatee holds on with
Laurent steering firm. Impossible to turn back, we hold on for the next 2
crests, maintaining Galatee absolutely perpendicular to the incoming wave
walls. We get through, the sea being
much calmer just 200 metres away. A speedboat transporting tourists to
'experience' the passage waits for us to pass, and gives us the 'thumbs up' for
our exit which in our state of mind, is
difficult to appreciate. Somewhat (very) shaken, we are definitely convinced
that Knysna is better visited by land than to take the risk of ever again
confronting such an entry or exit. The absolute rule to go by where need (or
desire) dictates: when there is more than 2 metres of swells, it is definitely
wiser to wait at the anchorage in the lagoon!



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