05/07/2017

Louisiades





Après une semaine de navigation assez confortable (voiles d'avant tangonnées) et généreuse en poissons, nous entrons le 21 juin dans le grand lagon des Louisiades par le passage de Sunken Reef, une ouverture au Sud du grand récif submergé et faisons directement route vers le mouillage de Boboeina, une des iles du chapelet d'iles qui s'étirent d'Est en Ouest et forment la chaine du Calvados.  Un très joli mouillage facilement accessible sur une langue de sable, derrière le récif, mais, en cette période d'alizés très frais, Boboeina est un mouillage balayée par des rafales catabatiques violentes qui le rendent très inconfortable et rouleur à marée haute quand la protection du récif est moindre. Malgré cet inconfort, notre premier mouillage en Papouasie nous offre aussi nos premiers contacts et notre première expérience de la culture de marchandage qui est une partie si importante de la vie au quotidien ici. Les dugouts (petits canoës à balancier creusés d'une pièce dans un tronc d'arbre) se succèdent le long du bord et nous proposent invariablement fruits (bananes, papayes, citrons), légumes (manioc, taro, yam, ibecca) et parfois langoustes que nous troquons contre des produits difficiles à trouver, les Louisiades étant complètement isolées du reste de la PNG (Papouasie Nouvelle-Guinée): sucre, riz, matériel de pêche, savon à lessive, levure, piles D, etc...


We enter the main lagoon of the Louisiades Archipelago via the Sunken Reef pass on 21st June after a week of comfortable sailing (and good fishing) from Santo. The Louisiades greets us with a series of wet and gusty squalls over the last 15 miles as we motor head on into the winds to our first anchorage at Boboeina, one of the numerous islands in the Calvados Chain, which stretches east-west across the huge lagoon. A pretty anchorage, but very windy with extreme and violent katabatic gusts (fortunately only from the SE thus keeping us away from the reef) in this period of constant and strong SE tradewinds, and very rolly at high tide when the swells sweep over the reef. Despite these discomforts, our first experience of the unique Louisiades trading culture starts right off with outrigger dug-out canoes (small canoes formed by digging out a single tree trunk) from several remote villages braving the winds to trade with us, bringing us fruits (very delicious small bananas, papayas...), vegetables (manioc, yam ...) and offering to get us crayfishes (which for the moment does not materialise as the sea conditions are just too rough), in exchange for products that are difficult to obtain (washing powder, rice, sugar, yeast, D-batteries, fishing hooks and lines...).

Ayant besoin d'un vrai repos, nous quittons Boboeina à la recherche d'un mouillage mieux protégé. Nous tentons une incursion dans une baie de l'ile voisine de Bagaman, mais nous ne trouvons pas de fond satisfaisant pour mouiller et décidons donc de tenter notre chance plus loin sur l'ile de Kamatal, au Nord du grand lagon, qui devrait nous offrir selon les images satellite (la cartographie marine étant ici, au mieux, très approximative et de manière générale insuffisante pour trouver un mouillage) un bon abris dans un mini lagon. Le mouillage de Kamatal, une encoche dans le récif, offre effectivement, bien qu'il soit complètement ouvert au SE, une totale protection dans une eau presque plate. Sur l'ile principale (sept iles constituent le mini lagon), Jimmy (60 ans peut-être) vit ici avec sa famille et essaie de maintenir un petit "yacht club" d'accueil des voiliers de passage (une quinzaine par an). De part les prochaines élections de PNG, ses enfants sont temporairement partis à Misima pour voter et l'ile est très calme, mais nous recevons néanmoins un chaleureux accueil de Jimmy, sa femme Jesse et de leur deux petits enfants Cathy et Antje, bien que la plus petite ait une peur bleue des "dim-dims" (les blanc).


Seeking a calmer anchorage, we attempt on 23/6 to find a spot of sand without brommies (coral heads) in which to drop our anchor in the next bay at Bagaman island, but to no avail. Thus we head to Kamatal on the northern reef barrier, where a little lagoon, a notch in the reef surrounding 7 small islets, awaits us with great snorkelling and white sand beaches. The anchorage is windy as it is opened to the SE, but the reef cuts the swell off completely thus leaving us tranquil and protected. Here, Jimmy and his family still try their best to maintain their 'Stop-over Yacht Club', launched years ago with the help of Australian yachties, despite the small number of yachts visiting annually (around 20). As it happens to be PNG's election week, most of his family are in Misima. We nevertheless receive a warm welcome from Jimmy, his wife Jesse, and his two young granddaughters Cathy and Antje, though the younger one is shy and almost 'terrified' by foreigners, who in their language, are called 'dim-dims'.

Nous continuons notre exploration de cet archipel en navigant WSW le long de la bordure Ouest de la chaîne, destination Utian (appelée aussi Brooker island). L'entrée vers Utian a la réputation d'être délicate de part la présence de forts courants de marée dans la passe Brooker au milieu de laquelle se trouve le point d'entrée du 'chenal' vers l'ile. Ayant identifié le point d'entrée dans le récif, il est alors indispensable de disposer d'une bonne lumière (assez haute et dans le dos) pour bien visualiser l'étroit 'chenal' naturel, non balisé, qui serpente au travers du récif entre les patates à fleur d'eau! Nous arrivons vers midi avec une bonne lumière mais avec un courant de marée de cinq nœuds qui nous expulse sans préavis de la passe Brooker et nous fait manquer le point d'entrée. Nous faisons rapidement demi-tour et, très péniblement, moteur plein pot, nous gagnons contre le courant à 0.6 nœuds en longeant le bord de la passe...Nous approchons du point GPS et tournons immédiatement à 90 degrés vers le récif (ce qui n'est pas un réflexe très naturel, loin s'en faut...). Nous passons sur le récif, la couleur du fond passe du bleu sombre au vert avec des patchs marrons un peu partout...Nous avons trouvé, semble-t-il (!?), l'entrée de l'étroit chenal que nous tentons de suivre maintenant en visuel en surveillant le sondeur. Fort heureusement, une fois dans le 'chenal', le fort courant de la passe ne se fait plus sentir et la navigation peut se faire en relative 'tranquillité', à petit régime.



Next on the itinerary, WSW towards the western end of the Calvados Chain on 26/6: Utian,  also called Brooker Island. The entrance is tricky, everyone has warned us, it's reputation established due to the strong currents in the Brooker passage where the entrance into the island's lagoon  is to be identified only by GPS (there are no beacons), aided by the adequate lighting to be able to see the narrow but slightly deeper waters snaking between shallow coral reef heads! We arrive around midday, with good light with the sun behind us, but it is low tide, when the outgoing currents of the Brooker Passage is at its strongest. Galatee zooms past the entrance within 2 seconds with the current at 5 knots and the SE winds pushing us, so rapidly that we miss the entrance 'point'... We make a u-turn quickly, crawling back against wind and current at 0.6 knots. Laurent swerves Galatee towards the GPS waypoint, 90 degrees towards the reef (this is obviously not a natural reflex...) and yes! we are in the narrow passage (it seems?!), the colour of the water switches from deep blue to turquoise green with patches of brown showing the brommies, finding 3 m at the shallowest parts, but we pass! Fortunately the currents in the lagoon are much weaker, enabling us to manoeuvre slowly whilst carefully monitoring the depth sounder.






Notre séjour de deux jours à Utian sera un vrai bonheur. Le long de la plage, les 'sailaus', canoës à voile traditionnels des Louisiades (gréement au tiers avec voile bomée) s'alignent sur leurs rondins de mise a l'eau. Une quinzaine en tout. Ces canoës (6m hors tout environ), qui peuvent porter une famille entière, constituent le moyen de transport omniprésent de cette partie de Papouasie. Le jour et aussi la nuit, ils sillonnent les lagons sous leurs voiles colorées cousues à partir de sacs de riz. Le village qui est très propre et joliment aménagé est particulièrement actif en cette période d'élection: beaucoup d'habitants des ilots du lagon sont venus ici en sailaus pour attendre les officiels du gouvernement qui vont organiser le vote dans les jours qui viennent. Nous passons très agréablement le temps à papoter avec les villageois sur la politique en PNG, la construction et le maniement des sailaus, la pêche, les marées, la chimie de la noix de betel*...Nous visitons la petite école dans laquelle nous créons (sans le vouloir) une certaine  diversion. Nous sommes également invités a participer à la kermesse organisée par les femmes du village. Régulièrement, ce 'Women's Club' prépare de très nombreux plats: ragout de tortue, riz frit au yam, ketupat (riz gluant cuit dans un petit panier tressé), poissons et bananes frites, pain cuit sur les braises, afin de collecter un peu d'argent qu'elles utiliseront pour aider une jeune membre à établir sa famille et financer la construction de la case. Ambiance colorée et bonne enfant garantie sur la pelouse devant l'église où tout le village participe!


(*) Noix de bétel ou d'arec (palmier), un fruit vert contenant une noix/noyau. Un petit morceau est coupé et mis dans la bouche. Un morceau de gousse de moutarde est trempé dans de la chaux fine (caustique) faite à partir de corail séché. Moutarde et chaux, mises dans la bouche et mâchées  avec le bétel, produisent, semble-t-il, une sensation tonique et addictive et assurément colorent de manière permanente en rouge carmin les dents et les gencives! Les enfants commencent à mâcher le bétel à partir de 4 ou 5 ans.   

Our 2-day stay at Utian, with its calm and protected anchorage of 5-6 m depth, turns out to be charming and interactive. Traditional sailing canoes (called 'sailaus'), sturdy and elegant and efficient under sail (sewn together with material for rice sacks), zip in and out of the bay day and night in their different colours and sizes. There are at least a dozen or more, some 6 metres long, capable of transporting an entire family, as they serve as the main means of transport in this part of PNG.  The village, nicely landscaped and partitioned between families, is exceptionally crowded as villagers are back for the voting day due on 28th June, when officials from the mainland will be here to collect the votes. We spend our time chatting with many (on all sorts of topics : politics, fishing, the tides and currents, the construction of sailaus, and the art or rather chemistry, of chewing betelnut*), plus visiting the tiny school and creating, unintentionally, a slight diversion of attention in their classroom. We participate in their 'Women's Club' fund-raising, the club organising from time to time such events to the benefit of their members  (to get married, to build a house...).  Womenfolk sell delicious dishes that include turtle stew, yam fried rice, ketupat, fried fish and bananas, and buns. A colourful and light-hearted ambience, sitting on the grassy slope of the church grounds and enjoying a cool and gentle breeze. 

* Betelnut, a green fruit, is cut to reveal the internal nut/seed. A small piece is cut and put in the mouth. A short length of mustard bean, size of a long green bean, is then dipped into a white lime powder - the chemical part of this peculiar addiction - which is actually made from coral shells. Mustard and powder is popped into the mouth and chewed with the nut, creating, it seems, a 'high' sensation, and certainly, the reddish stain that colours teeth and gums in a permanent and damaging way. To our astonishment, parents do not forbid their children to chew, starting at the age of 4 or 5!
 

Ayant, grâce aux villageois d'Utian, une bien meilleure connaissance des subtilités des marées (marées mixtes), nous sortons du lagon dans la passe Brooker avec le bon courant le 28/06. Le courant est portant vers l'Est à 2 nœuds, mais en s'opposant contre les alizés il crée des mascarets assez impressionnants qui rendent la navigation de 7 milles vers Panasia très remuante. On ne peut pas tout avoir...  Panasia est une ile spectaculaire. Une ile de falaises calcaires verticales, enchâssée dans un lagon turquoise et bordée de petites plages de sable blanc. Nous mouillons dans dix mètres d'eau sur fond de sable entre des patchs de corail. John et sa famille qui habitent sur l'ile étant encore à Utian pour les élections, nous accostons la plage pour nous étirer un peu les jambes. Nous sommes accueillis par trois petits chatons en manque d'affection qui nous ne nous lâcherons pas d'une semelle. Nous regardons alors John sur son sailaus à la voile outremer naviguer en approche de Panasia (les élections ont été reportées) et sommes vraiment en admiration devant l'expertise de marin des Louisiadais. Nous passons une après-midi à bord de Galatée avec John et ses deux fils et parlons, encore, beaucoup des sailaus et aussi de l'apprentissage des jeunes à la navigation.


Armed with a better appreciation of the tides and currents after confirmations from the villagers, we head out of the pass on 28/6 onto a bumpy 7-miles sail SSW to Panasia. The currents, flowing east, are in our favour this time, but thus opposing the SE trade winds, creating impressive tide rips. Well, we cannot always have a 'bed of roses' to sail on!  Panasia, its spectacular vertical limestone cliffs, small stretches of white sands, provides a beautiful and quiet anchorage in a large enclosed lagoon of turquoise waters. John and his family being still at Utian for the voting-day, we venture onto their little beach just to stretch our legs, to find 3 endearing kittens barely weeks' old, eager to climb all over us and to be cuddled. We watch John and family sail grandiosely back in their sailau (the voting having been postponed...). We idle the afternoon away just chatting on his beach and onboard Galatee, discussing the manoeuvring techniques of the sailau and how they train their boys from a very young age to be competent in handling the canoes.


Le 30/06 nous tirons un long bord grand largue vers le groupe Deboyne au Nord et ancrons entre les iles de Nivani et Panapompom (joli comme nom, non?). Ce mouillage est connu pour son épave d'un chasseur japonais de la 2eme guerre, un Zéro-Zen complet qui repose sur le sable par 3m d'eau. Moins connu: il y en a un deuxième, à coté, dont ne subsiste que le bloc moteur du gros Mitsubishi et les ailes partiellement enfouies sous le sable. 

We sail north on 30/6 to the Deboyne group of islands to anchor between Panapompom (nice name, isn't it?) and Nivani. The anchorage is known for the intact WW2 Japanese Zero-Zen fighter plane wreck, lying at a depth of just 3 metres. 



Chose assez rare ici, un autre voilier nous rejoints au mouillage. Mick et Jay à bord 'd'Extrême- Ways' viennent de partir d'Australie et sont en navigation pour deux ans. Nous passons une super soirée ensemble à bord de ce grand catamaran à déguster pizzas et vins d'Australie en accompagnement d'escargots de mer que nous avons collectés sur les rochers de Nivani et que Shu-In a cuisinés comme des bigorneaux. Panpompom héberge un village important, propre et bien entretenu dont les cases familiales s'alignent en bordure de la plage. Dans la tradition de l'ile qui construit la majorité des sailaus des Louisiades, ici, tous les garçons jouent avec des modèles de sailaus qu'ils font naviguer à grand cris en courant derrière. Nous refaisons un plein de bananes, citrons, fruits de la passion et un gros fagot d'ibecca (une sorte d'épinard) que nous troquons avec Mila et de son fils Tobby avant de partir pour notre dernière escale: Punawan une des iles du lagon de Bramble Haven.

We meet our first companion yachtie (it is extremely rare to meet yachties in the Louisiades and so early in the season) - catamaran 'Extreme Ways' of Australian Mic and Taiwanese Jay with their friends Lisa, Roger and Sally. A wonderful dinner together with yummy homemade pizzas, Aussie wine, and delicious tiny sea snails (sort of periwinkle shells) that we had collected earlier in the day on the shores of Nivani, cooked in a spiced broth as we do in France for similar shells. Our Aussie friends enjoy the snails tremendously, laughing that we, French and Chinese, eat about all and anything! Panapompom has a large village, clean and well maintained, with family clusters spread out all along the beach front. Following the Louisiades tradition of practising sailaus, little boys play on the shallow beaches sailing their simple yet technically-correct model sailaus, running after them as they accelerate in the wind. We manage to restock bananas, papayas, passion fruit and lime, as well as a huge bunch of their local greens (ibecca, a type of spinach) from Milia and his son Tobby before setting off to our final stop at Punawan, one of the handful of islands in the Bramble Haven lagoon. 


Bramble Haven, un vrai havre de paix et une image d'Epinal du paradis du Pacifique Sud. Sable blanc, eau cristalline, corail et quelques abris en feuilles de palme des pêcheurs de tortues itinérants. Nous faisons la connaissance de Joshua, pêcheur venu d'Utian en sailaus, qui séjourne temporairement ici pour attraper quelques tortues. Joshua nous apporte le lendemain matin trois magnifiques langoustes qu'il a attrapées en début de nuit et que nous cuisinons en séance. A notre surprise nous découvrons qu'une petite famille vit en permanence ici sur Punawan, dans des conditions d'extrême simplicité sur ce sol si peu fertile... Nous troquons volontiers et généreusement ce que les deux jeunes filles nous proposent, deux fois par jour, en venant le long du bord de Galatée en dugout. Notamment deux gros œufs de pintade sauvage, qui s'avéreront être fécondées et contenir  des poussins sur le point d'éclore que nous ne pourrons pas élever à bord...


Bramble Haven - a haven indeed. Powdery white sands, clear waters, numerous simple though impeccably clean shelter huts used by passing fishermen who come mainly for turtle-hunting.  For us, we finally have the opportunity to taste the famous Louisiades crayfish (lobster). Joshua, who actually lives in Utian, happens to be here on a fishing trip in his sailau. He offers to find us some lobsters, and keeps his promise by doing so at 3-4 am, delivering 3 huge + 1 smaller lobster at daybreak. Delicious, though it took us quite a while to cook all 4, the bigger ones not even fitting into our largest pot! Another family does, amazingly, live on this very remote island, the children (2 girls in their late teens, 4 young boys and a baby!) are eager to trade their daily staple: bananas, papayas, coconuts, yam, tapioca, and eggs (including 2 huge bush fowl eggs, one of which turned out to be feconded and the chick was almost fully grown!!! Yikes, we feel like murderers...) for batteries, sweet biscuits, pens, fish hooks etc. We realise how simple their lives must be, on this land that is not even fertile, so far away from society that is to us, 'normal'.




Nous quittons les Louisiades pour le détroit de Torres le 05 juillet avec beaucoup d'émotion en emportant avec nous de magnifiques souvenirs. Nous quittons les Louisiades en souhaitant que rien ne change ici et que les habitants réussissent à préserver ce mode de vie qui les rend si heureux.


Content with our enriching and memorable stay in the Louisiades, we head SW out of Bramble Haven's lagoon on 5/7, continuing our route to the Torres Strait and onwards to Indonesia, hoping that the islanders of the Louisiades remain, as happy and harmonious as they have shown themselves to be, in this almost paradisiacal part of the world.




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